C’est reparti, après la provision de la BNP apparue dans ses comptes semestriels pour d’hypothétiques bonus qui ne seront discutés qu’en fin d’année, on nous ressert le couplet des vilains traders qui sont rémunérés à la performance.
Même si les sommes peuvent effectivement paraître indécentes, j’en conviens, il faut remettre tout en perspective : les traders ne sont que des agents qui tentent de faire augmenter le bénéfice de l’entreprise. Celle-ci a décidé qu’une part de la rémunération des opérateurs en salle de marché (pas que les traders d’ailleurs) serait proportionnelle au bénéfice (ou CA) généré, pourquoi pas finalement, c’est ce que l’on fait avec la majorité des commerciaux et cela est motivant pour tout le monde.
Lorsqu’une grosse structure gagne un contrat de vente d’avion ou de centrale nucléaire, quelle est la part de variable qui revient aux commerciaux ? Pourquoi en serait-il différent dans une banque ?
Mais voilà, la finance c’est mal en France, gagner de l’argent encore plus. Alors en cette période de crise, il est bon d’un point de vue électoral de taper sur ceux qui gagnent, mais il ne faudrait pas oublier qu’ils font également tourner la boutique pendant ce temps.
Et si on légifère ou tout du moins s’il est fait ingérence dans les affaires des banques d’affaire, certes il pourrait y avoir des départs de certains bons traders bien connectés vers d’autres structures, la volatilité dans ce domaine est assez importante. Mais surtout il pourrait y avoir moins d’engouement. Qui n’a jamais eu l’occasion de mettre les pieds en salle de marché d’une grande banque ne peut saisir l’énorme engouement de l’ensemble du plateau pour son travail, c’est l’effervescence et on croise cela dans très peu d’endroits, croyez-moi.
Et si les traders en guise de protestation, à l’instar des coureurs du Tour de France cet été, décidaient tout simplement de bloquer la course ? Comment, et bien en ne traidant plus ou très peu. Que se passerait-il si pendant plusieurs journées de suite, l’ensemble des valeurs du SRD étaient boudées par les opérateurs ? Plus de liquidité sur le marché, des valeurs qui n’évoluent pas car pas d’offre ou de demande ? Que penseraient les petits actionnaires intéressés uniquement par les dividendes plus que par la vie de l’entreprise dans laquelle ils investissent ?
J’espère que nous allons savoir raison garder sur ce sujet avant de prendre des mesures qui pourraient impacter fortement le monde de la banque en France. Car n’oublions pas qu’il y a un lien très fort entre les performances des activités de marché et les capacité de la banque de détail du coin de la rue.


